Newsletter #009: Decay
The Evidence of Time
Some days are greyer than others–even when the sunshine lingers.
Many of us cry the end of summer, somehow, as soon as autumn settles. Leaves might turn yellow, orange and red, but the soul dresses in black. The Romantics like to pretend they do not need sunlight and could happily live in the dark all year round. I somehow doubt that; I think it might be change that we crave and love to embrace. Each season comes with a beginning and an end; everything looks clear; it provides us with structure. It reassures us, perhaps?
I love autumn, a cliché, a stereotype, that I wear with pride–not that it defines my identity. Let's not lose ourselves on the path to eternity. Autumn is abundance, beauty, death and becoming. Decaying in the light of decline, among ripeness and excess. Dormancy is about to begin among corpses and seeds–read "Ozymandias" (1819) by Percy Bysshe Shelley:
I met a traveller from an antique landWho said: Two vast and trunkless legs of stone
Stand in the desert. Near them, on the sand,
Half sunk, a shattered visage lies, whose frown,
And wrinkled lip, and sneer of cold command,
Tell that its sculptor well those passions read
Which yet survive, stamped on these lifeless things,
The hand that mocked them and the heart that fed:
And on the pedestal these words appear:
"My name is Ozymandias, king of kings:
Look on my works, ye Mighty, and despair!"
Nothing beside remains. Round the decay
Of that colossal wreck, boundless and bare
The lone and level sands stretch far away.
Impermanence, or the pathos of things. "Mono no aware" in Japanese, an awareness that beauty contains its own disappearance.
I guess then, I love autumn because it paints the evidence of time. Because it reminds me and invites me to question the process of loss and transformation, hauntingly and indirectly pointing to my finitude, to my ruins. Sensual and morbid, Heidegger's Being-toward-death, or the idea that mortality needs no introduction. It lives there, most of the time, invisible to our eyes.
Autumn gifts it an audience.
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©FTRLA
L'automne comme état d'âme
C'est toujours avec beaucoup d'impatience que j'attends l'automne et ses couleurs.
Chaque année, je compte les mois qui me séparent de cette période aux accents dorés, aux journées pluvieuses et aux saveurs de mélancolie. J'aime la sensation que l'automne procure, un espace-temps où tout ralentit, où l'on donne du temps au temps.
La foule pleure les jours lumineux de l'été, alors que beaucoup se retrouvent enfin arrive septembre. Peut-être que les feuilles volantes et les boissons chaudes apaisent nos âmes torturées par le rythme effréné de cette vie si digitalisée ? Nous offrant un peu de répit dans la réalité. Peut-être que la pluie sait effacer certaines douleurs qui tardent à s'évanouir sur les pages du passé ? Un baume sur nos cœurs meurtris.
La nature resplendit, épurant son habit de couleurs et de mélancolie. Ce renouveau change à chaque fois ; il ne se retrouve pas. Unique. Un instant éphémère à vivre pleinement car il file si vite. Une mort à admirer. Un espoir à abandonner, celui d'un été qui pourrait encore durer. L'automne porte en lui cette dualité, celle du vivant qui s'endort doucement. Car avec l'automne s'installe déjà la vision du printemps, là où tout bouillonnera de fugacité, d'enchantement.
J'aime les feuilles qui craquent sous mes pas ; je me contente de cela. Et quand le brouillard surprend avec discrétion, ah quelle joie ! Dissimuler tous ces visages déçus par la vie, en colère contre leurs pairs et démunis. Ne plus voir la fin de la route, celle que nous connaissons si bien : le destin. L'automne et ses journées qui s'assombrissent. La saison des bougies. Du feu qui crépite. Y jeter ses pensées inutiles, ses remords et ses tentatives de fuite.
Ne pas pourrir. Volontairement choisir de ralentir mais avec intention. Pourrir avec style et soupirer aux côtés de Mallarmé :
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
– Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.– Stéphane Mallarmé, Soupir
Signe que le temps passe, écho d'un amour perdu, l'automne instaure une correspondance entre l'homme et la nature. Entre le monde et le soi. Dehors, dedans. Épitome de la beauté sur son déclin, les textures se transforment, mais la perte reste celle de la forme – Bataille et sa fascination pour le viscéral.